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Le dictionnaire des CancersPar Bernard Hoerni et alA |
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Voyage autour de mon crâneVu 203 fois(V. Hamy, 1990). Présenté comme un roman, cet ouvrage tardivement traduit en français est en réalité le récit autobiographique des troubles de santé en rapport avec une tumeur du cerveau*, vécus par Frigyes Karinthy (1887-1938). Cet écrivain hongrois très populaire raconte avec talent comment il entend pour la première fois, en mars 1936, des trains rouler dans sa tête. Pensant assez vite à la possibilité d’une tumeur, il présente les réactions de négation* et d’évitement fréquentes chez les cancéreux (le chapitre IV est intitulé « L’autruche se défend »). Son comportement est favorisé par l’irrégularité de ses « trains » et par ses multiples connaissances. Alors même que ses symptômes* s’aggravent (apparition de « douleurs* à la base du crâne »), il évite « tous les bons médecins » pour rencontrer ceux qui disent « exactement ce que je voulais leur faire dire ». C’est seulement quand sa vue se trouble et le gêne dans son travail qu’il déclare : « J’ai une tumeur au cerveau » à sa femme (qui lui répond : « Tu devrais avoir honte »). Il va à un hôpital ophtalmologique où le spécialiste qui l’examine lui indique : « Le fond de vos yeux est plein de sang ! » Après ce « verdict », il va encore tout faire pour retarder l’exécution de la sentence. Il rêve à une colline de crânes qui évoque le Golgotha et ressent un fort sentiment de culpabilité*, s’assimilant à Silvio Pellico, auteur de Mes Prisons, victime de l’empereur François, tandis que c’est une tumeur maligne qui le réduit à l’état d’un « prisonnier dans la cellule des condamnés de Sing-Sing ». À l’époque le diagnostic de tumeur cérébrale ne reposait que sur des signes cliniques subtils et l’examen du fond de l’œil, et Karinthy ne se prive pas d’étaler les contradictions des nombreux spécialistes qu’il consulte à Prague comme à Vienne. Les possibilités de traitement ne faisaient que commencer. Ce n’est qu’après de longs mois de tergiversations que des amis le décident à aller voir à Stockholm le Professeur Olivecrona, neurochirurgien élève de Cushing, grâce à une collecte publique qui a mobilisé tous ses lecteurs. Il est opéré avec succès, suivant les principaux temps de l’intervention qui se déroule sous anesthésie* locale. Il retrouvera la vue, écrira son « roman » avec sensibilité, sens de l’observation et humour* et mourra brutalement le 29 août 1938 en se baissant pour lacer sa chaussure.
Bernard Hœrni |